Jean-Conrad de Reinach-Hirtzbach, le prince-évêque qui avait donné du fil à retordre à notre banneret!

Henry Wisard, le banneret qui défendit les libertés de la Prévôté

Henry Wisard naît vers 1650 et meurt à Grandval en janvier 1723. Notaire juré, greffier de la justice de Moutier, maire de Grandval et député de sa communauté, il occupe plusieurs fonctions importantes au service de la région. En 1698, il est élu bandelier, ou banneret, de la Prévôté de Moutier-Grandval, une fonction qu’il exercera jusqu’en 1722.

À cette époque, le banneret n’est pas seulement chargé de porter la bannière. Élu par l’assemblée de la Prévôté, il préside ses séances et représente les communautés et leurs intérêts face au pouvoir seigneurial. Henry Wisard devient ainsi l’un des principaux porte-parole de la population prévôtoise.

La Prévôté de Moutier-Grandval dépend alors du prince-évêque de Bâle, qui exerce à la fois une autorité religieuse et politique. Mais cette région protestante bénéficie également, depuis 1486, d’un traité de combourgeoisie avec Berne. Cette alliance lui garantit une certaine protection ainsi que des droits, des franchises et des libertés auxquels les Prévôtois sont profondément attachés.

En 1705, Jean-Conrad de Reinach-Hirtzbach devient le nouveau prince-évêque de Bâle. Il demande à ses sujets de lui prêter serment d’obéissance. Henry Wisard refuse de le faire tant que le prince-évêque n’a pas reconnu officiellement la combourgeoisie avec Berne ainsi que les droits et libertés traditionnels de la Prévôté. Son geste ne constitue donc pas un simple refus d’autorité: il entend obtenir des garanties concrètes pour la population qu’il représente.

Le prince-évêque réagit sévèrement. Henry Wisard est destitué de sa fonction et condamné à une lourde amende. Les Prévôtois se solidarisent toutefois avec leur banneret et refusent à leur tour de prêter serment. Berne considère alors la sanction comme une atteinte à la combourgeoisie et intervient en faveur de la Prévôté. Après l’échec des premières négociations, elle mobilise plusieurs milliers d’hommes aux frontières de la principauté.

Sous cette pression, le prince-évêque finit par céder. En mars 1706, Henry Wisard est rétabli dans sa fonction et les droits liés à la combourgeoisie bernoise sont reconnus. Par son courage et sa détermination, le banneret a ainsi contribué à défendre les libertés politiques, religieuses et fiscales des habitants de Moutier-Grandval.

La Maison du Banneret Wisard porte aujourd’hui son nom parce qu’elle fut sa demeure à Grandval et qu’elle reste étroitement liée à sa mémoire. Le mot «Banneret» ne désigne donc pas son prénom ni son nom de famille, mais la fonction politique qu’il exerçait. À travers cette maison, c’est le souvenir d’un homme qui osa tenir tête au prince-évêque pour défendre les droits de toute une région qui est conservé.